Le rocher du Maennelstein, taillé à pic à côté de la vallée est l'éperon le plus avancé vers le sud de l'enceinte préhistorique du mur païen. Si l'on en croit la tradition populaire, d'énormes anneaux de fer auraient été fixés aux flancs du Maennelstein pour y amarrer les vaisseaux à l'époque où la prairie rhénane n'était qu'une immense mer intérieure. On va même jusqu'à dire que l'Arche de Noé y aurait été amarrée. Nos ancêtres croyaient avoir vu ces anneaux ; le peintre P. Muller les figura distinctement sur le plan du Mont Sainte 0dile qu'il dressa en 1603.
Le chemin antique qui conduisit d'Ottrott au Mont Sainte 0dile et dont il ne reste de nos jours que de faibles vestiges, était couvert de dalles carrées en grès. Le peuple l'avait dénommé "le pavé du diable", en attribuant l'édification à l'esprit infernal.
Quand on a une construction à faire dans la région, on aime à chercher au moins une pierre du mur païen ; on lui attribue la vertu de donner une solidité particulière à l'ouvrage et d'apporter de la prospérité à tous ceux qui l'habiteront.
Un beau jeune homme aux cheveux d'or revenait parfois entre les murs délabrés de la ruine du Dreistein. A son costume moyenâgeux et sa noble attitude, on reconnaissait le châtelain de l'ancien château. Il croisait le chemin des gens qui cherchaient des myrtilles ou des champignons. Il les regardait tristement et les invitait par signes à le suivre. Un jour, une pauvre fille d'Ottrott le suivit courageusement. Subitement, le jeune homme disparut dans une fissure de la ruine. Mais devant l'ouverture apparut un grand chien noir aux yeux de feu, gardant un coffre cerclé de fer. Prise de peur, elle s'enfuit en courant. Elle raconta son aventure à son fiancé, mais celui-ci lui reprocha son manque de sang-froid car si elle s'était avancée résolument vers le coffre, le chien se serait transformé en chevalier qui lui aurait offert le trésor en reconnaissance de sa propre délivrance.
La forêt de l'Urlossenholz est située entre Saint Nabor et Truttenhausen. Elle est la propriété de la ville d'Obernai mais jadis elle appartenait à un chevalier qui avait commis de nombreux crimes. Dans cette forêt, on voyait souvent un feu follet. Un garde-forestier croyant un jour arrêter un voleur de bois, suivit une lumière qui allait toujours devant lui et l'attirait de plus en plus dans la montagne. Lorsqu'enfin il crût la saisir, elle s'élança en l'air avec beaucoup de fracas, puis s'éteignit brusquement. Il se trouva alors seul dans l'obscurité, loin de sa demeure, dans un endroit sauvage et malfamé. Il rentra chez lui à grande peine. Quelques jours plus tard, on trouva un boulanger de la contrée mort dans la forêt. Les gens pensèrent qu'il avait lui aussi suivi un feu follet mais qu'il ne s'en était pas tiré aussi bien que le forestier.